La culture du chou au Cameroun se concentre sur les hautes terres de l’Ouest et du Nord-Ouest, où l’altitude offre au chou pommé (Brassica oleracea var. capitata) la fraîcheur qu’il recherche. Les repères clés pour le pays : une pépinière d’environ 4 semaines, un repiquage à 50 cm sur 50 cm, soit 40 000 plants par hectare, une fumure à base de fiente de volaille et de NPK, et des rendements qui vont d’une douzaine de tonnes par hectare en moyenne nationale à plus de 60 t/ha en station à Dschang. Les chiffres de cette fiche viennent des travaux de l’Université de Dschang, de l’Université de Buea, de la FAO et d’enquêtes publiées sur les maraîchers camerounais.
La culture du chou au Cameroun vise surtout les marchés urbains : le chou y est cultivé surtout en zone urbaine et périurbaine, selon l’Université de Dschang. Son principal ennemi est la teigne du chou, et le principal piège pour le producteur est l’excès de traitements insecticides.
Fiche technique de la culture du chou au Cameroun en résumé
| Paramètre | Repère pour le Cameroun |
|---|---|
| Zones principales | Hautes terres de l’Ouest (Dschang, Menoua) et du Nord-Ouest |
| Saisons testées en station | Septembre à décembre et mars à juin à Dschang |
| Pépinière | Environ 27 jours, repiquage au stade 4 à 5 vraies feuilles |
| Écartement | 50 cm sur 50 cm, soit 40 000 plants/ha |
| Fumure | 5 t/ha de fiente de volaille, puis 300 kg/ha de NPK 18-11-12 |
| Durée | Environ 3 mois (Marché de Copenhague) à 4 mois (Green Coronet) |
| Rendement | 12,3 t/ha en moyenne nationale (FAO, 2007) ; 67 à 97 t/ha en station à Dschang |
| Ravageur principal | Teigne du chou (Plutella xylostella) |
Où se cultive le chou au Cameroun ?
Djomaha et Ghogomu (Université de Dschang, 2016) désignent les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest comme les principales zones de production du chou au Cameroun. Une seconde publication de la même équipe précise que le chou est cultivé dans quatre régions du pays, surtout en zone urbaine et périurbaine. Ces hautes terres combinent altitude, fraîcheur et proximité des marchés urbains.
Le site de Dschang illustre bien ces conditions : 1 440 m d’altitude, une température moyenne d’environ 19,9 °C, une humidité relative supérieure à 60 % et 1 800 à 2 000 mm de pluie par an. C’est proche de l’optimum fixé par la FAO pour le chou, soit une moyenne journalière de 17 °C avec des maxima autour de 24 °C.
En basse altitude humide, la culture devient plus difficile. Sur la ferme de l’Université de Buea, au pied du mont Cameroun, sous 2 800 mm de pluie annuelle, un essai publié en 2018 n’a obtenu que 2,8 à 6 t/ha de chou commercialisable selon la date de plantation et le mode de protection. Hors des hautes terres, il faut donc des hybrides tolérants à la chaleur, une période de plantation choisie et une protection sanitaire rigoureuse.
Selon les chiffres de la FAO pour 2007 cités par l’Université de Dschang, le Cameroun produisait alors environ 37 000 t de chou sur 3 000 ha, soit 12,3 t/ha en moyenne. L’écart avec les rendements obtenus en station montre la marge de progrès disponible au champ.
Calendrier cultural dans l’Ouest et le Nord-Ouest
Les essais de l’Université de Dschang ont été conduits sur deux saisons : de septembre à décembre 2008 et de mars à juin 2009. La seconde a donné le meilleur rendement moyen, 88,8 t/ha contre 74,9 t/ha. Elle a surtout connu une pression de teigne bien plus faible : 2,6 chenilles par plant en moyenne contre 247,5 lors de la première saison. Une autre série d’essais a été menée en pleine saison des pluies, avec un semis en pépinière début juin et un repiquage début juillet 2015.
En pratique, deux fenêtres se dégagent :
- Cycle de mars à juin : le plus productif à Dschang et le moins attaqué par la teigne. Les pluies limitent les besoins d’arrosage, mais imposent de surveiller les maladies bactériennes et de drainer les planches.
- Cycle de septembre à décembre : la fin du cycle approche de la saison sèche, l’arrosage prend de l’importance et la teigne a été beaucoup plus abondante lors de l’essai de 2008.
Dans la région de Buea, la saison sèche s’étend d’environ novembre à mars. C’est la période où un système d’irrigation goutte à goutte fait la différence, en apportant une eau régulière sans mouiller les feuilles.
Variétés de chou utilisées au Cameroun
Deux variétés ont été comparées à Dschang :
| Variété | Type | Durée | Rendement moyen à Dschang |
|---|---|---|---|
| Green Coronet | Hybride tropical d’altitude, pomme compacte semi-ronde | Environ 4 mois | 96,6 t/ha (84 à 107 t/ha) |
| Marché de Copenhague | Variété précoce, feuilles vert vif | Environ 3 mois | 67,2 t/ha (48 à 76 t/ha) |
Ces rendements ont été mesurés sur de petites parcelles de station de 20 m², bien suivies : ils indiquent un potentiel, pas un rendement moyen de producteur. Les auteurs citent aussi une étude antérieure à Dschang (Wanko, 2008) qui obtenait 96,4 t/ha pour Green Coronet et 56,6 t/ha pour Marché de Copenhague. Point important : Green Coronet a porté beaucoup plus de chenilles de teigne que Marché de Copenhague (182,6 contre 67,5 en moyenne). Une variété productive demande donc une surveillance plus serrée.
Pour les zones plus chaudes, les hybrides décrits comme tolérants à la chaleur dans le catalogue du RECA (Niger, 2019), comme KK Cross F1 ou Tropica Cross F1, sont des options à tester. Vérifiez auprès des distributeurs agréés quelles variétés sont disponibles et homologuées au Cameroun.
Pépinière et repiquage
À Dschang, les plants ont été élevés sur une planche de pépinière de 5 m², enrichie en fiente de volaille, et repiqués environ 27 jours après le semis, au stade 4 à 5 vraies feuilles. Dans les zones où la teigne est installée, couvrir la pépinière d’un voile anti-insectes évite de planter des plants déjà infestés. La graine de chou peut transmettre la pourriture noire : un traitement à l’eau chaude de 25 minutes à 50 °C est recommandé par les fiches de l’Université du Queensland et de la Communauté du Pacifique.
L’écartement de référence au Cameroun est de 50 cm sur 50 cm, soit 40 000 plants par hectare, utilisé à Dschang comme à Buea. Il se situe dans la fourchette que la FAO réserve aux pommes pouvant atteindre 3 kg (0,5 à 0,9 m). Pour des petits choux destinés au détail, la FAO admet de resserrer à 30 à 50 cm entre plants.
Fumure du chou dans les hautes terres
Le programme suivi à l’Université de Dschang donne une base pratique, à ajuster selon l’analyse de sol :
- Une semaine avant le repiquage : 5 t/ha de fiente de volaille, en bande sur les lignes.
- Deux semaines après le repiquage : 300 kg/ha de NPK 18-11-12.
- En complément : un engrais foliaire NPK 20-20-20 à 1 kg/ha, en pépinière puis quatre semaines après le premier apport au champ.
Ces apports s’inscrivent dans les besoins chiffrés par la FAO : 100 à 150 kg d’azote, 50 à 65 kg de phosphore et 100 à 130 kg de potassium par hectare. Avant tout chaulage, une analyse de sol permet de vérifier le pH de la parcelle. Pour comparer les formules disponibles localement, consultez notre article sur l’engrais NPK 15-15-15 et son dosage par culture.
Arrosage et paillage
À Dschang, les parcelles d’essai étaient arrosées à l’arrosoir trois fois par semaine. La FAO chiffre les besoins du chou à 380 à 500 mm sur le cycle, avec un pic de sensibilité pendant la formation de la pomme : c’est à ce moment qu’un manque d’eau coûte le plus de rendement. En saison sèche, sur plus de quelques centaines de mètres carrés, l’arrosoir devient un goulot d’étranglement. Un goutte à goutte alimenté par une pompe solaire permet de tenir le rythme. Nos équipes peuvent étudier ce dimensionnement sur demande de devis.
Le paillage limite l’évaporation et les éclaboussures de terre porteuses de bactéries. Notre article Pourquoi pailler une planche de chou, et avec quel matériau détaille les matériaux utilisables.
Ravageurs du chou au Cameroun
Les travaux menés à Dschang et à Buea recensent les mêmes ennemis :
- Teigne du chou (Plutella xylostella) : le ravageur principal à Dschang. Ses chenilles font des fenêtres puis des trous dans les feuilles. À Dschang, les pertes dues aux ravageurs ont atteint 29 à 48 % du rendement selon la saison et le traitement.
- Pucerons (Brevicoryne brassicae et Lipaphis pseudobrassicae) : ils enroulent les feuilles, freinent la croissance et peuvent donner des pommes petites et invendables.
- Fausse-arpenteuse (Trichoplusia ni) et pyrale (Hellula undalis) : observées à Buea, jusqu’à 13 chenilles de pyrale par plant.
Les hautes terres ont un atout : selon la fiche de l’Université du Queensland et de la Communauté du Pacifique, le parasitoïde Diadegma, ennemi naturel de la teigne, est courant au-dessus de 800 m d’altitude, tandis que Cotesia domine en basse altitude. Les insecticides à large spectre détruisent ces auxiliaires et favorisent les pullulations.
À Dschang, une huile de graines de neem à 5 L/ha a donné des résultats proches de l’insecticide de synthèse sur le poids des pommes, sans différence significative entre les traitements (Djomaha et al., 2016). Le Bacillus thuringiensis fait aussi partie des produits testés dans les essais de Dschang.
Pesticides : les pratiques à corriger
Une enquête publiée en 2025 auprès de 345 maraîchers de six régions du Cameroun (Sopkoutie et al.) dresse un constat préoccupant : 80,4 % mélangeaient plusieurs pesticides, 49,2 % ne respectaient pas les doses recommandées, les traitements avaient lieu en moyenne deux fois par semaine, 65,3 % n’avaient reçu aucune formation et 88,6 % déclaraient des symptômes après manipulation. Une étude AVRDC-IITA de 2009, citée par l’Université de Dschang, indiquait déjà que plus de 90 % des maraîchers des zones humides du pays utilisaient des pesticides.
Pour le chou, ces habitudes sont doublement coûteuses : elles sélectionnent des teignes résistantes et laissent des résidus sur un légume consommé cru ou peu cuit. Les règles de base :
- n’utiliser que des produits homologués au Cameroun pour le chou, à la dose de l’étiquette ;
- ne pas mélanger les produits dans la même cuve sans indication de l’étiquette ;
- alterner les familles chimiques : l’UC IPM conseille de ne pas appliquer plus de deux produits du même mode d’action en 10 à 14 jours ;
- respecter le délai avant récolte et porter gants, masque et vêtements de protection ;
- privilégier filet, plantes pièges, neem et Bacillus thuringiensis en première intention.
Récolte, conservation et rendement
Le chou se récolte quand la pomme est ferme et lourde pour sa taille (Université de Californie à Davis). Sans chambre froide, il doit être vendu rapidement ; à 0 °C et plus de 95 % d’humidité, un chou précoce se garde 3 à 6 semaines.
Pour la culture du chou au Cameroun, les rendements à attendre varient fortement selon la zone et la maîtrise de la teigne : environ 12 t/ha en moyenne nationale (FAO, 2007), 25 à 35 t/ha comme repère FAO pour une culture correctement conduite, et jusqu’à 67 à 97 t/ha en station d’altitude à Dschang.
Qui contacter au Cameroun ?
- Les délégations du MINADER (ministère de l’Agriculture et du Développement rural) et leurs agents de vulgarisation, pour le conseil de terrain et la liste des pesticides homologués.
- L’IRAD (Institut de recherche agricole pour le développement), pour les questions variétales et sanitaires.
- L’Université de Dschang (Faculté d’agronomie et des sciences agricoles), dont les équipes publient les essais cités ici.
Questions fréquentes
Quand planter le chou au Cameroun ?
Dans les hautes terres de l’Ouest, les essais de l’Université de Dschang ont été conduits de mars à juin et de septembre à décembre. La saison de mars à juin a donné le meilleur rendement et beaucoup moins de teigne.
Quelle variété de chou choisir au Cameroun ?
En altitude, Green Coronet a donné 96,6 t/ha en station à Dschang contre 67,2 t/ha pour Marché de Copenhague. En zone basse et chaude, préférez un hybride tolérant à la chaleur disponible chez un distributeur agréé.
Quel engrais pour le chou au Cameroun ?
L’Université de Dschang a utilisé 5 t/ha de fiente de volaille une semaine avant repiquage, puis 300 kg/ha de NPK 18-11-12 deux semaines après repiquage. Ajustez selon une analyse de sol.
Quel est le rendement du chou à l’hectare au Cameroun ?
La moyenne nationale était d’environ 12,3 t/ha en 2007 selon la FAO. En station à Dschang, les rendements ont atteint 67 à 97 t/ha selon la variété.
Combien de temps dure la culture du chou au Cameroun ?
Environ 4 semaines de pépinière, puis 3 à 4 mois au total selon la variété : environ 3 mois pour Marché de Copenhague et 4 mois pour Green Coronet à Dschang.
Comment limiter les traitements contre la teigne du chou ?
Utilisez des plants sains, un filet anti-insectes, l’huile de neem ou Bacillus thuringiensis, et alternez les familles d’insecticides. Les traitements trop fréquents détruisent les parasitoïdes comme Diadegma, présents en altitude.
Sources
- Djomaha E. S. et Ghogomu R. T. (2016). Effet des insecticides, des variétés de chou et des dates de semis sur Plutella xylostella dans les hautes terres de l’Ouest Cameroun. Int. J. Biol. Chem. Sci. 10(3). Consulter l’article
- Djomaha E. S. et al. (2016). Neem seed oil and imidacloprid against cabbage aphids and diamondback moth. Int. J. Agron. Agric. Res. 8(4). Consulter l’article
- Université de Buea (2018). Essai de dates de plantation et de protection du chou à Molyko, Buea. Chemical and Biological Technologies in Agriculture. Consulter l’article
- Sopkoutie K. N. G. et al. (2025). Pesticide misuse, health impacts, and knowledge gaps among Cameroonian vegetable farmers. Cameroon Journal of Biological and Biochemical Sciences 33. Consulter la notice
- FAO, Land and Water Division. Informations sur les cultures : chou. Consulter la fiche
- RECA Niger (2019). Les semences de chou disponibles au Niger. Consulter le document
- Jackson G. et Furlong M. Cabbage diamondback moth (fiche 020). Pacific Pests, Pathogens and Weeds. Consulter la fiche
- Jackson G. Cabbage black rot (fiche 131). Pacific Pests, Pathogens and Weeds. Consulter la fiche
- UC IPM, Université de Californie. Diamondback moth in cole crops. Consulter la fiche
- UC Davis Postharvest Research and Extension Center. Cabbage. Consulter la fiche
Pour aller plus loin
- Fiche technique de la culture du chou pommé : l’itinéraire complet, avec les coefficients d’irrigation, les variétés tropicales et le détail de la lutte intégrée.
- Pourquoi pailler une planche de chou, et avec quel matériau : utile pour garder une humidité régulière en saison sèche.
- Agriculture au Cameroun : chiffres, filières et défis en 2026 : pour situer le maraîchage dans l’économie agricole du pays.


