Publié : 24 octobre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

La culture de la banane plantain au Cameroun fait vivre plus de 600 000 producteurs et environ 40 000 commerçants, selon une étude du CARBAP et du CIRAD. Cette page adapte notre fiche technique au contexte camerounais : bassins de production du Centre, de l’Est, du Littoral et du Sud-Ouest, cultivars locaux et hybrides du CARBAP de Njombé, plants PIF, ravageurs et saisonnalité des prix. Les repères clés : environ 7 t/ha en moyenne nationale selon le CARBAP en 2013, contre 25 à 28 t/ha obtenus en station à Njombé dès les années 1970.

Le pays dispose d’un atout rare : le Centre africain de recherches sur bananiers et plantains (CARBAP), installé à Njombé, qui a mis au point la technique PIF de multiplication rapide. Le principal frein reste le matériel de plantation : le CARBAP estimait en 2013 les besoins à 20 millions de plants par an pour la banane et le plantain.

La filière plantain camerounaise en chiffres

Indicateur Valeur publiée Source
Production Environ 1,2 million de tonnes par an (début des années 2000) ; 5 millions de tonnes annoncés par les acteurs de la filière en 2023 CARBAP et CIRAD ; Cameroon Tribune
Objectif public 7 millions de tonnes en 2025, 10 millions en 2030 MINADER, cité par Koaci (2024)
Acteurs Plus de 600 000 producteurs, environ 40 000 commerçants CARBAP et CIRAD
Rendement moyen Environ 7 t/ha ; objectif de 40 t/ha avec des cultivars améliorés CARBAP (2013)
Besoin en plants Environ 20 millions de plants par an (banane et plantain) CARBAP (2013)

Les écarts entre ces chiffres de production tiennent aux sources et aux dates : aucun recensement récent détaillé n’a été trouvé. Retenez surtout l’ordre de grandeur et la tendance à la hausse de la demande urbaine.

Où cultiver le plantain au Cameroun ?

Selon la synthèse de l’Université de Washington (EPAR, 2013), la production de plantain est la plus forte dans les régions du Centre et de l’Est, tandis que la banane dessert d’exportation se concentre dans le Moungo (Littoral) et le Fako (Sud-Ouest). Le Littoral, le Sud-Ouest et le Sud restent pourtant des bassins importants : le Festival international de la banane plantain de 2024 s’est tenu dans le Centre, l’Est, le Littoral et le Sud.

Centre : le grenier de Yaoundé

L’étude du CARBAP et du CIRAD sur l’approvisionnement de Yaoundé montre que le département du Mbam-et-Kim fournit environ 64 % du plantain vendu dans la capitale. Mbangassina (41 %) et Ntui (23 %) dominent, devant Esse, Zoétélé, Akonolinga et Awaé. La zone périurbaine proche, à moins de 60 km, en fournit moins de 15 %. Les parcelles y sont petites (0,77 ha en moyenne) avec 200 à 600 pieds plantés à écartements irréguliers.

Littoral et Sud-Ouest : sols volcaniques et fortes pluies

Dans les zones qui approvisionnent Douala, suivies par le CIRAD et le CARBAP (Pierrot et al., 2002), le climat est tropical humide : 26 °C en moyenne, 2 000 à 4 000 mm de pluie par an et une saison sèche de novembre à mars. Les sols vont de ferrallitiques jaunes très pauvres à volcaniques riches, autour de Penda Mboko et des zones du Sud-Ouest. Ces pluies atteignent ou dépassent les 2 000 à 2 500 mm que la FAO juge souhaitables pour une culture pluviale ; la saison sèche reste la période critique.

Est et Sud : forêt et cultures associées

Dans la zone forestière, le plantain est souvent conduit en association. Pierrot et al. décrivent trois systèmes : plantain seul, plantain avec des cultures vivrières, et plantain avec vivrier et cultures de rente comme le cacao et le café. L’association reste la règle chez les petits producteurs.

Calendrier et maîtrise de l’eau

Le CIRAD a relevé, dans les parcelles du Sud-Ouest, des pertes avant récolte proches de 40 % des pieds, maximales en fin de saison sèche. La saison sèche est la période à risque. Deux leviers existent :

L’enjeu est aussi commercial : en zone d’approvisionnement de Douala, le plantain devient rare et cher de mai à juillet (CIRAD). Une plantation irriguée, plantée pour récolter à cette période, vend mieux. Notre article sur l’entretien du pompage solaire d’une plantation de plantain détaille le suivi d’une installation solaire.

Cultivars : French, Faux Corne et hybrides CARBAP

Dans le Sud-Ouest et le Littoral, les parcelles suivies par le CIRAD associaient un type « French moyen », présent partout, à un autre type local dominant : Faux Corne, Bâtard ou Gros Michel. À Njombé, l’essai historique de l’IRFA portait sur un French de taille moyenne (4 à 4,5 m) appelé localement « Black Planty ».

Matériel Repère publié au Cameroun Source
Cultivars French (French clair, French sombre…) Régime d’environ 17 kg en station ; pour la plupart sensibles à la maladie des raies noires Noupadja et al., 2007
Autres cultivars locaux évalués Mbaï, Amoung, Obubit, Rouge de Loum, Kwa, Kelong Mekintu Noupadja et al., 2007
Hybrides tétraploïdes CRBP Régime de 24,3 kg en moyenne ; 15 hybrides au-dessus de 40 t/ha/an, sans fongicide Noupadja et al., 2007
CRBP 39 Très résistant à la maladie des raies noires ; seul hybride recommandé pour une diffusion large Noupadja et al., 2007

Les hybrides fleurissent plus tôt (7 à 10 mois) que les cultivars (7,8 à 14,4 mois), mais leur remplissage est plus long : la première récolte n’arrive pas plus tôt. Renseignez-vous auprès du CARBAP ou de l’IRAD sur la disponibilité des hybrides et des plants certifiés.

Plants PIF : produire son propre matériel sain

La technique PIF (plants issus de fragments de tiges) a été publiée par Moïse Kwa, du CARBAP, en 2003. Le bulbe d’un rejet est incisé pour réveiller ses bourgeons dormants, puis placé dans un germoir à sciure. Dans ses essais, les fragments de plantain ont donné 10 à 20 pousses chacun en 30 à 40 jours ; le cultivar Bâtard a atteint 25 pousses, et French clair 28 à 36 pousses dans 13 % des cas.

La technique a été diffusée par le CARBAP et l’IRAD, notamment autour de Yaoundé. Un bilan de trois projets dans trois provinces camerounaises (Lefranc et al., 2010) en tire des leçons pratiques. Les plants PIF coûtent plus cher que les rejets mais restent abordables pour les petits producteurs. Les pépinières fonctionnent mieux quand elles sont proches des parcelles. Selon le manuel de l’IITA, il faut compter 12 à 18 semaines du bulbe au plant sevré.

Si vous plantez des rejets, parez-les et trempez-les 20 à 30 secondes dans l’eau bouillante : l’IITA a montré que ce traitement réduit fortement les nématodes sans nuire à la reprise.

Itinéraire de la culture de la banane plantain au Cameroun

Densité

Dans les parcelles paysannes du Sud-Ouest, le CIRAD a mesuré des densités de 650 à 1 050 pieds/ha seulement. À Njombé, l’essai de l’IRFA à environ 1 428 pieds/ha (3,5 × 2 m, un pied par trou) a donné 25,7 t/ha au premier cycle et 27,7 t/ha au second. Les essais ivoiriens du CNRA montrent qu’on peut monter à 1 667 ou 2 500 plants/ha si l’eau et la fumure suivent. Notre fiche technique de la culture de la banane plantain détaille ces écartements.

Fertilisation

Les petits producteurs suivis dans le Sud-Ouest n’utilisaient ni engrais minéral ni pesticide. Or la culture exporte beaucoup de potassium. À Njombé, l’IRFA apportait par pied et par cycle 270 g d’azote (sulfate d’ammoniaque) en neuf fois, 650 g de K₂O sous forme de chlorure de potassium et du soufre. Ces doses datent de 1976 : calez les vôtres sur une analyse de sol récente.

Entretien

Ne gardez qu’un rejet par souche pour le cycle suivant, coupez les feuilles nécrosées et étayez les pieds porteurs de régime. L’essai de Njombé a montré qu’une conduite à un seul pied par trou donnait des résultats au moins comparables à une conduite à deux pieds.

Ravageurs et maladies au Cameroun

Les traitements chimiques doivent utiliser des produits homologués au Cameroun, avec équipement de protection et respect des délais avant récolte.

Récolte, vols et marché

Le vol peut atteindre 20 % de la production dans le Sud-Ouest (CIRAD). Pour s’en protéger, certains producteurs coupent les régimes moins de 70 jours après la floraison, avant le remplissage optimal : ils perdent du poids et de la qualité. À Njombé, la première récolte est intervenue 314 à 321 jours après la plantation et la seconde 619 à 632 jours après.

Vers Yaoundé, les « bayam-sellam » font en moyenne trois voyages par mois, jusqu’à quatre en saison d’abondance, avec environ 79 régimes par voyage. Le trajet depuis le Mbam-et-Kim, environ 152 km, prend en moyenne 5 heures. Les détaillants vendent 12 à 21 régimes par semaine selon les marchés. Aucun prix récent et sourcé du régime n’a été trouvé pour cette fiche.

Qui contacter ?

Questions fréquentes

Quelles sont les principales régions de culture du plantain au Cameroun ?

Le Centre et l’Est sont les premières régions productrices (EPAR, 2013). Le Mbam-et-Kim fournit environ 64 % du plantain de Yaoundé. Le Littoral, le Sud-Ouest et le Sud approvisionnent Douala.

Quel est le rendement du plantain au Cameroun ?

Environ 7 t/ha en moyenne selon le CARBAP en 2013. À Njombé, l’IRFA a obtenu 25 à 28 t/ha en station, et des hybrides CRBP ont dépassé 40 t/ha/an.

Où acheter des plants de plantain au Cameroun ?

Auprès des pépinières PIF appuyées par le CARBAP et l’IRAD, ou en produisant vous-même vos PIF. Évitez les rejets de vieilles parcelles infestées.

Quand planter le plantain au Cameroun ?

En début de saison des pluies sans irrigation. Avec irrigation, visez une récolte entre mai et juillet, quand le plantain est rare et cher.

Quelle variété de plantain choisir au Cameroun ?

Les types French et Faux Corne dominent les parcelles du Littoral et du Sud-Ouest. L’essai de Njombé recommande l’hybride CRBP 39, très résistant à la maladie des raies noires.

Combien de temps dure la culture de la banane plantain au Cameroun ?

Environ 10 à 11 mois jusqu’à la première récolte dans l’essai de Njombé, puis un second régime environ 10 mois plus tard.

Un projet de culture de la banane plantain au Cameroun sous irrigation, dans le Littoral, le Centre ou l’Est ? Contactez nos équipes pour dimensionner le pompage et le goutte à goutte.

Sources

Pour aller plus loin

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