Publié : 28 octobre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

La culture du concombre au Cameroun s’insère dans le maraîchage périurbain, à côté des légumes-feuilles des bas-fonds de Yaoundé, et peut se conduire en plein champ comme sous serre. Ce guide adapte notre fiche technique au contexte camerounais : un climat à quatre saisons dans le Centre, avec une grande saison sèche de mi-novembre à mi-mars à Yaoundé ; une densité d’environ 26 700 poquets par hectare, celle de l’essai de Ngaoundéré ; et un rôle décisif des abeilles, auxquelles cet essai attribue environ 87 % du taux de fructification. Les chiffres viennent de travaux camerounais quand ils existent, sinon de références tropicales citées en fin d’article.

Concombre ou « ngon » : de quoi parle-t-on au Cameroun ?

Au Cameroun, le mot « concombre » désigne souvent une autre plante. Le mémoire de l’École normale supérieure de l’Université de Yaoundé I consacré à l’arrondissement de Mvengue (département de l’Océan, région du Sud) décrit sous ce nom Cucumeropsis mannii, appelé ngon en ewondo. Cette cucurbitacée est cultivée pour ses graines, et non pour sa chair, sur des champs de 1 à 10 hectares, avec un cycle d’environ huit mois entre le semis et la récolte des graines (Ayié, 2016). Le même travail signale cette culture sur le plateau Sud, et dans une moindre mesure sur le plateau de l’Adamaoua et dans le Nord.

Cet article traite du concombre de table, Cucumis sativus, consommé frais : une culture maraîchère courte et irriguée. Les deux productions n’ont ni le même calendrier ni les mêmes acheteurs : précisez toujours l’espèce quand vous achetez des semences.

Où se pratique la culture du concombre au Cameroun ?

Centre : les bas-fonds de Yaoundé

Autour de Yaoundé, le maraîchage est organisé en bassins de production installés dans les bas-fonds. L’étude de Temple et al. (2008) sur le maraîchage périurbain de Yaoundé en identifie onze, chacun spécialisé autour d’une culture pivot : céleri à Nkolondom, laitue à Nkolbisson, amarante à Mendong, basilic à Enama, menthe à Nyom. Les bas-fonds retiennent l’eau, ce qui permet d’irriguer en saison sèche. Ces sites offrent au concombre ce qu’il demande : de l’eau en saison sèche et des marchés urbains tout proches.

Adamaoua et Nord

Le principal essai publié sur le concombre de table au Cameroun a été conduit à la Ferme de multiplication du matériel végétal du MINADER à Ngaoundéré (Mohamadou et al., 2025). Il montre que la culture réussit sur le plateau de l’Adamaoua, en saison des pluies comme en saison sèche. Plus au nord, l’Atlas de la province de l’Extrême-Nord (IRD) mentionne déjà le concombre parmi les légumes introduits par les services agricoles dans les années 1950, et le relève dans les jardins urbains de Maroua (quartier Domayo).

Ouest et Littoral

Nous n’avons pas trouvé de données publiées propres au concombre dans l’Ouest ni dans le Littoral. Les principes de cette fiche s’y appliquent, avec deux points de vigilance : les températures plus fraîches des hautes terres de l’Ouest, qui peuvent ralentir la croissance, et la très forte humidité de la zone littorale autour de Douala, qui favorise le mildiou et justifie la culture sous abri.

Calendrier cultural du concombre dans le Centre

D’après une analyse des pluies relevées à Yaoundé de 1895 à 2006 (Abossolo et al., 2015), la station reçoit en moyenne 1 564,7 mm par an, répartis sur environ 153 jours, avec une température moyenne annuelle de 23,5 °C. L’année se découpe en quatre saisons :

Période Saison Conséquence pour le concombre
Mi-novembre à mi-mars Grande saison sèche (21,4 mm en janvier, 51 mm en février) Meilleure période en plein champ, avec irrigation obligatoire
Mi-mars à mi-juin Petite saison des pluies Semis possibles en début de période, pression du mildiou croissante
Mi-juin à mi-août Petite saison sèche Fenêtre courte (deux mois) : utile pour la fin de récolte d’un semis de mai
Mi-août à mi-novembre Grande saison des pluies Période la plus risquée en plein champ ; production sous abri

Un cycle de concombre dure 3 à 4 mois, récolte comprise : il tient entièrement dans la grande saison sèche si l’on sème vers la mi-novembre. La petite saison sèche, plus courte, peut accueillir la récolte d’un semis fait en fin de petite saison des pluies. À Ngaoundéré, l’essai du MINADER a conduit un cycle en saison des pluies (février à juin 2020) et un autre en saison sèche (novembre 2020 à février 2021), avec des fruits de poids comparable : la culture n’est donc pas réservée à une seule saison, mais la saison sèche demande de l’eau et la saison des pluies une protection renforcée.

Variétés de concombre utilisées au Cameroun

L’essai de Ngaoundéré a utilisé l’hybride Nagano F1, acheté chez un semencier local : les fruits de fleurs visitées par les abeilles pesaient en moyenne 283 g en saison des pluies et 277 g en saison sèche. Nous n’avons pas trouvé de résultats d’essais variétaux de l’IRAD publiés pour le concombre de table. Dans les pays voisins de la sous-région, les références les plus citées sont Poinsett (Bénin, Côte d’Ivoire) et l’hybride Tokyo F1 (Côte d’Ivoire).

Pour la culture du concombre au Cameroun, choisissez parmi les variétés disponibles chez les distributeurs agréés, en distinguant bien :

Semis, densité et palissage

À Ngaoundéré, le semis a été fait en poquets de 3 graines, à 75 cm entre lignes et 50 cm sur la ligne, soit environ 26 700 poquets par hectare. Ce schéma est très proche de celui de la fiche de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin (80 cm sur 50 cm, 25 000 plants/ha). Le désherbage y était fait à la houe toutes les deux semaines après la levée, puis à la main de la floraison à la maturité des fruits.

Dans les bas-fonds humides du Centre, le palissage est presque indispensable. Il éloigne les fruits du sol mouillé et aère le feuillage. Dans un essai en climat tropical humide aux Samoa américaines, publié par l’Université d’Hawaï, le palissage en tipi a porté le rendement commercialisable à 63,5 t/ha contre 39,7 t/ha au sol, et la pourriture des fruits au contact du sol n’a touché que les parcelles non palissées. Comptez des piquets solides en bois ou en fer, du fil ou de la ficelle, et du temps : l’Université du Kentucky estime le surcroît de travail à environ 125 heures par hectare.

Irrigation et fertilisation dans le contexte camerounais

En grande saison sèche, avec à peine 21,4 mm de pluie en janvier à Yaoundé, toute la consommation de la culture doit venir de l’irrigation. Les coefficients culturaux de la FAO (bulletin n° 56) donnent la marche à suivre : Kc de 0,6 au démarrage, 1,00 en pleine production, jusqu’à 1,15 pour une culture palissée haute, et 0,75 en fin de cycle. Le besoin journalier est ce coefficient multiplié par l’évapotranspiration de référence.

Le goutte à goutte convient bien aux petites parcelles : il garde le feuillage sec et permet la fertirrigation. Au Niger, l’essai de Hama et al. (2018) a mesuré environ trois fois moins d’eau apportée en goutte à goutte qu’en aspersion ou à la raie. Dans les bas-fonds où la nappe est proche, surveillez au contraire l’excès d’eau : le concombre ne tolère pas l’engorgement, qui fait pourrir les jeunes plants (Université d’Abomey-Calavi). Les billons ou planches surélevées sont alors nécessaires.

Pour la fumure, aucun programme camerounais publié n’a été trouvé. Les repères les plus proches sont ceux de la fiche béninoise : 20 t/ha de fumier de volaille ou de compost bien décomposé en fond, 100 kg/ha de NPK 15-15-15 deux semaines après semis, un nouvel apport de matière organique à quatre semaines, puis un mélange d’urée et de sulfate de potassium à six semaines. Faites d’abord analyser le sol : la fiche béninoise vise un pH de 5,5 à 6,8, et un chaulage peut s’imposer si l’analyse révèle un sol trop acide. Les délégations du MINADER et l’IRAD peuvent orienter vers un laboratoire.

Pollinisation : ce que montre l’essai de Ngaoundéré

C’est le résultat camerounais le plus utile pour les producteurs. À la ferme du MINADER de Ngaoundéré, Mohamadou et al. (2025) ont comparé des fleurs ensachées, protégées des insectes, et des fleurs librement visitées par l’abeille domestique Apis mellifera. La contribution des abeilles a été estimée à :

Autrement dit, sans abeilles, une variété de plein champ produit très peu. Pour les grandes parcelles, les services de vulgarisation de Mississippi State et du Kentucky recommandent une ruche par acre, soit environ 2,5 ruches par hectare. Ne traitez jamais pendant la floraison aux heures de butinage.

Ravageurs et maladies à surveiller

Aucune enquête phytosanitaire publiée sur le concombre de table au Cameroun n’a été trouvée. En zone forestière humide, la référence la plus proche est l’étude de Bonoua, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire (Ouali N’Goran et al., 2019), sous un climat équatorial lui aussi. Elle relève surtout des chrysomèles (Ootheca mutabilis) avant la floraison, puis des pyrales foreuses (Diaphania spp.), des mouches des fruits, des pucerons et des aleurodes. Dans la parcelle non traitée, le rendement n’a atteint que 0,71 t/ha.

Côté maladies, la principale menace en saison des pluies est le mildiou (Pseudoperonospora cubensis) : l’OMAFRA (Ontario) indique qu’il suffit de 2 heures de feuillage mouillé à 20 °C pour une infection. L’oïdium profite des plantations denses : l’humidité favorise l’infection et le temps plus sec la croissance du champignon (guide du Pacifique Nord-Ouest). Les nématodes à galles et les viroses transmises par pucerons et aleurodes complètent la liste. Les bonnes pratiques :

Récolte, marché et saisonnalité

La première récolte intervient environ 6 semaines après le semis, puis la cueillette se fait tous les 2 à 5 jours (Université d’Abomey-Calavi, Penn State). Un concombre de table se cueille à 15 à 20 cm de long (Penn State). Récoltez tôt le matin, à l’ombre, et ne stockez pas les fruits sous 10 °C : ils subissent des dégâts de froid (UF/IFAS). Vers 13 °C et 95 % d’humidité, ils se gardent 10 à 14 jours (Penn State).

Nous n’avons pas trouvé de relevés de prix du concombre datés et vérifiables pour les marchés camerounais. Le mémoire de Mvengue décrit, pour le ngon, une vente par l’intermédiaire des bayam-sellam, et des prix qui varient entre périodes d’abondance et de pénurie. Deux leviers de prix sont à la portée du producteur : produire en décalage, en saison des pluies sous abri, quand l’offre de plein champ baisse, et échelonner les semis toutes les deux à trois semaines pour livrer régulièrement plutôt que d’arriver en masse sur le marché.

À qui s’adresser au Cameroun

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Questions fréquentes

Quand planter le concombre au Cameroun ?

Dans le Centre, la meilleure période en plein champ est la grande saison sèche, de mi-novembre à mi-mars, avec irrigation. La petite saison sèche de mi-juin à mi-août permet un second cycle court. En saison des pluies, préférez la culture sous abri.

Le « concombre » camerounais est-il le même que le concombre de salade ?

Non. Le « concombre » ou ngon cultivé dans le Sud pour ses graines est Cucumeropsis mannii, avec un cycle d’environ huit mois. Le concombre de salade est Cucumis sativus, une culture maraîchère de quelques semaines.

Quelle densité de semis pour le concombre au Cameroun ?

L’essai du MINADER à Ngaoundéré a utilisé 75 cm entre lignes et 50 cm sur la ligne, avec 3 graines par poquet, soit environ 26 700 poquets par hectare.

Pourquoi mes concombres ne donnent pas de fruits ?

Le plus souvent par manque de pollinisation. À Ngaoundéré, la contribution des abeilles au taux de fructification a été estimée à 83,6 à 90 % selon la saison. Évitez les insecticides pendant la floraison et installez des ruches sur les grandes parcelles.

Quel engrais pour le concombre au Cameroun ?

Une fumure organique de fond d’environ 20 t/ha, puis du NPK 15-15-15 à 100 kg/ha deux semaines après semis et un apport riche en potassium à six semaines, selon la fiche de l’Université d’Abomey-Calavi. Ajustez après analyse de sol.

Combien de temps dure la culture du concombre ?

Pour la culture du concombre au Cameroun, comptez 3 à 4 mois au total : la première récolte arrive vers 6 semaines après le semis, puis la cueillette s’étale sur plusieurs semaines.

Sources

Pour aller plus loin

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