La culture du poivron au Cameroun se concentre dans la région de l’Ouest, autour de Foumbot et des hauts plateaux, qui approvisionne le reste du pays et l’étranger. Les repères à retenir : environ 20 000 plants par hectare, une première récolte vers 2 mois après repiquage et un rendement de 5 à 7 t/ha en conduite courante selon un document de formation diffusé par le MINADER, contre 10 à 14,5 t/ha dans un essai de l’Université de Douala avec des semences de l’IRAD. Ce guide adapte notre fiche technique de la culture du poivron aux régions de l’Ouest, du Centre et du Littoral.
La culture du poivron au Cameroun en résumé
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Principal bassin | Région de l’Ouest | Document diffusé par le MINADER |
| Température optimale | 24 °C ; croissance ralentie sous 13 °C, fructification réduite au-dessus de 35 °C | Document diffusé par le MINADER |
| Semences | 300 g par hectare | Document diffusé par le MINADER |
| Écartement | 1 m entre lignes, 0,5 m sur la ligne (20 000 plants/ha) | Document diffusé par le MINADER |
| Eau | 600 à 800 mm par cycle | Document diffusé par le MINADER |
| Première récolte | Environ 2 mois après repiquage, au stade vert | Document diffusé par le MINADER |
| Rendement | 5 à 7 t/ha en conduite courante ; 10,2 à 14,5 t/ha en essai à Douala | MINADER ; Université de Douala, 2021 |
Où se pratique la culture du poivron au Cameroun : Ouest, Centre et Littoral
Le document de formation Technologie de production du poivron, mis en ligne par le MINADER, situe les grands bassins de production dans la région de l’Ouest, qui approvisionne le reste du pays et l’étranger. Les chercheurs de l’Université de Douala citent aussi l’Ouest, le Sud, le Littoral et le Centre comme régions productrices.
- Ouest (Noun, Hauts-Plateaux) : une étude conduite à Foumbot et à Bangou décrit un climat de mousson de montagne, avec environ 2 500 mm de pluie par an, 65 % d’humidité relative et 25 °C de moyenne. C’est la zone la plus proche de l’optimum thermique du poivron.
- Littoral : à la ferme de l’Université de Douala, la saison des pluies dure au moins 9 mois, avec environ 3 600 mm par an et 26,7 °C en moyenne. L’excès d’eau y est le premier risque, et la salinité guette les parcelles irriguées près de la côte.
- Centre : cité parmi les régions productrices, il se prête à une culture sur planches surélevées en saison des pluies et irriguée en saison sèche.
Dans toutes ces zones, la culture du poivron au Cameroun bute sur la même contrainte : la pluie abondante incite à produire en contre-saison avec irrigation, ou sous abri.
Calendrier de culture
Dans l’étude de Foumbot et Bangou, la saison des pluies va de mars à novembre et la saison sèche de décembre à mars. Les auteurs ont semé la pépinière début mai 2020, repiqué fin mai et observé les premières fleurs fin juillet à Foumbot et début août à Bangou, soit environ 65 à 70 jours après repiquage.
Deux options se présentent :
- Culture de saison des pluies, sans irrigation, comme dans l’essai de 2020 : moins de travail d’arrosage, mais forte pression des maladies et risque d’asphyxie des racines dans les bas-fonds.
- Culture de contre-saison, repiquée en fin de saison des pluies pour récolter en saison sèche : elle demande une irrigation fiable, mais le feuillage reste sec et les fruits plus sains.
Un tunnel ou une serre couverte permet d’échapper en partie à ce calendrier, à condition de bien ventiler.
Variétés testées au Cameroun
Peu de résultats variétaux sont publiés. Dans l’essai de l’Université de Douala, les variétés Granada, Goliath et Nobili provenaient de l’IRAD (Nkolbisson). Sans engrais et à l’eau douce, Granada et Goliath ont produit environ 10,2 et 10,3 t/ha, et Nobili 7,5 t/ha. Le document diffusé par le MINADER rappelle que le rendement varie avec la variété, la région et l’entretien. En dehors de ces références, choisissez parmi les variétés disponibles chez les distributeurs agréés, en privilégiant les résistances indiquées sur le sachet contre les virus et le Phytophthora.
Pépinière et repiquage
Le document diffusé par le MINADER décrit une pépinière sur planche de 1,20 m de large, avec des lignes espacées de 20 cm, un semis à 1 cm de profondeur et une graine tous les 2 cm. Le besoin est de 300 g de semences par hectare. Les plants se repiquent 1 à 2 mois après le semis, au stade de 5 à 6 feuilles, quand ils mesurent environ 10 cm. Dans l’essai de l’Ouest, les auteurs ont fumé la planche de pépinière avec du NPK 20-10-10 et de la fiente de volaille, puis l’ont paillée.
Au champ, le même document prévoit des planches de 1 m de large et un écartement de 1 m entre lignes sur 0,5 m sur la ligne, soit 200 plants par are. À Douala, les chercheurs ont planté sur billons espacés de 0,9 m, à 0,5 m sur la ligne, soit 22 000 plants par hectare. Dans les deux cas, la densité reste proche de 20 000 plants par hectare, adaptée aux gros fruits du poivron.
Fumure du poivron au Cameroun
Le programme du document diffusé par le MINADER se raisonne au trou de plantation :
| Moment | Apport par trou ou par plant |
|---|---|
| 5 jours avant repiquage | Au moins 2 kg de fumier bien décomposé, ou 22 g de NPK 11-22-16 (ou 12-14-19) et 8 g de sulfate de potassium |
| Floraison, vers 40 jours après repiquage | 15 g de NPK 11-22-16, 20 g de sulfate de potassium et 2 g d’urée par plant |
Ramené à 20 000 plants par hectare, l’apport de floraison représente 300 kg de NPK 11-22-16, 400 kg de sulfate de potassium et 40 kg d’urée. La part du potassium est forte, ce qui correspond aux besoins d’un fruit gros et charnu.
La matière organique paie. Dans l’essai de l’Université de Douala, 12 t/ha de fiente de volaille ont porté Granada de 10,2 à 14,3 t/ha et Goliath de 10,3 à 14,5 t/ha, mieux qu’une fumure minérale seule (11,6 et 10,7 t/ha). Pour adapter ces doses à votre sol, voir notre guide sur l’engrais NPK 15 15 15 et faites faire une analyse de sol.
Irrigation et salinité
Selon le document diffusé par le MINADER, le poivron consomme 600 à 800 mm par cycle : environ 400 mm pendant la phase végétative et 200 à 400 mm pendant la floraison et la fructification, en visant un sol humide à 80 à 85 %. Une humidité de l’air inférieure à 60 % associée à une forte chaleur arrête la croissance des fruits. En contre-saison, le goutte à goutte donne cette humidité régulière sans mouiller le feuillage.
Dans le Littoral, la qualité de l’eau compte autant que la quantité. À Douala, une eau salée de 3,88 dS/m a fait baisser Granada de 10,2 à 7,6 t/ha ; la fiente de volaille à 12 t/ha a limité la perte (12,9 t/ha). La FAO situe le début des pertes du poivron à 1,5 dS/m : faites analyser l’eau des puits et forages côtiers avant d’installer une parcelle.
Poivron sous serre au Cameroun
Avec 2 500 mm de pluie à l’Ouest et plus de 3 500 mm à Douala, l’abri sert d’abord de parapluie : il garde le feuillage et les fruits secs, réduit les maladies et permet de laisser les fruits se colorer en rouge ou en jaune pour un marché plus exigeant. Il doit être bien aéré, car la surchauffe fait chuter les fleurs ; en zone basse et chaude, privilégiez un tunnel aux côtés ouvrables, protégé par un filet anti-insectes. Les principes de conduite sous abri (taille à deux tiges, palissage, hors sol) sont détaillés dans la fiche principale. Pour le choix de la structure, consultez notre guide des serres agricoles en Afrique tropicale.
Pollinisation : un résultat de l’Ouest à connaître
Le poivron peut s’autoféconder, mais l’étude menée à Foumbot et Bangou montre le poids des insectes. Les fleurs laissées libres ont noué à 76 % à Foumbot et 81 % à Bangou, contre 19 % et 21 % pour les fleurs ensachées. Les auteurs attribuent aux insectes environ 75 % de la nouaison dans l’Ouest. Ils signalent aussi que des voisins traitaient leurs champs de tomate et de grande morelle (Solanum macrocarpum) avec des insecticides pendant la floraison du poivron.
Conséquence pratique : évitez les insecticides pendant la floraison, ou traitez en fin de journée avec un produit homologué et sélectif, et gardez des bordures fleuries. Sous serre fermée, la pollinisation devient un point à surveiller.
Maladies et ravageurs du poivron au Cameroun
Le document diffusé par le MINADER cite comme maladies l’oïdium, la pourriture grise, le mildiou et le rhizoctone, ainsi que les acariens, et comme ravageurs les mouches, les pucerons, les chenilles de noctuelles et les rongeurs, qui abîment les feuilles et font chuter les fruits. Il recommande des traitements fongicides préventifs à base de dithiocarbamates (manèbe, mancozèbe). Dans l’étude de l’Ouest, les auteurs ont observé sur les fleurs des punaises suceuses (Anoplocnemis curvipes) et des consommateurs de pétales comme le criquet puant Zonocerus variegatus.
En climat humide, ajoutez à cette liste les maladies que l’AVRDC décrit pour le poivron : Phytophthora capsici sur sols lourds et mal drainés, anthracnose sur fruits, gale bactérienne, flétrissement bactérien et viroses transmises par les pucerons. La base de la lutte reste la rotation hors solanacées, les planches surélevées, des plants sains et l’élimination des fruits atteints. Utilisez uniquement des produits homologués au Cameroun, avec gants et masque, et respectez le délai avant récolte indiqué sur l’étiquette.
Récolte, marché et rendement
La récolte commence environ 2 mois après le repiquage, au stade vert, avant la maturité (document diffusé par le MINADER). Coupez les fruits avec leur pédoncule au couteau et récoltez régulièrement. Les fruits laissés pour se colorer se vendent comme poivron rouge ou jaune, mais immobilisent la plante plus longtemps.
Côté marché, l’étude de l’Ouest note que la production nationale de poivron n’est pas connue et cite un document de stratégie selon lequel l’offre ne couvre pas la demande. Nous n’avons pas trouvé de série de prix datée et vérifiable : relevez vous-même les prix de gros sur vos marchés cibles avant de fixer vos surfaces.
Le rendement de référence du document diffusé par le MINADER, 5 à 7 t/ha, correspond à une conduite courante. L’essai de Douala montre qu’on dépasse 14 t/ha avec une bonne fumure organique ; la FAO situe une culture irriguée bien conduite entre 10 et 15 t/ha. La rentabilité de la culture du poivron au Cameroun se joue donc sur la maîtrise de l’eau et de la fumure.
Qui contacter au Cameroun
- IRAD : il a fourni les semences de l’essai de Douala (Nkolbisson) et dispose d’une station à Foumbot, dans le Noun.
- MINADER : délégations régionales et départementales, et postes agricoles pour l’appui technique.
- Universités de Dschang, Douala et Yaoundé I, qui conduisent des essais maraîchers.
Questions fréquentes
Où cultive-t-on le poivron au Cameroun ?
Surtout dans la région de l’Ouest, notamment autour de Foumbot, mais aussi dans le Centre, le Sud et le Littoral selon les chercheurs de l’Université de Douala.
Quand planter le poivron au Cameroun ?
Dans l’Ouest, la saison des pluies va de mars à novembre. On peut repiquer en début de saison des pluies, comme dans un essai à Foumbot en mai, ou en fin de saison des pluies pour récolter en saison sèche avec irrigation.
Combien de plants de poivron par hectare ?
Environ 20 000 plants, avec 1 m entre lignes et 0,5 m sur la ligne selon le document diffusé par le MINADER. Il faut environ 300 g de semences par hectare.
Quel engrais pour le poivron au Cameroun ?
En fond, au moins 2 kg de fumier par trou ou 22 g de NPK 11-22-16 avec 8 g de sulfate de potassium, puis à la floraison 15 g de NPK 11-22-16, 20 g de sulfate de potassium et 2 g d’urée par plant.
Quel rendement pour un hectare de poivron au Cameroun ?
De 5 à 7 t/ha en conduite courante. Un essai de l’Université de Douala a obtenu 10,2 à 14,5 t/ha, les meilleurs résultats avec 12 t/ha de fiente de volaille.
Faut-il traiter le poivron pendant la floraison ?
Il vaut mieux l’éviter. À l’Ouest, les insectes assurent environ 75 % de la nouaison du poivron ; les insecticides appliqués pendant la floraison réduisent leur présence.
Vous montez un projet de poivron irrigué ou sous serre dans l’Ouest, le Centre ou le Littoral ? Contactez nos équipes pour l’étude de l’irrigation et de l’abri.
Sources
- IFATI. Technologie de production du poivron (Capsicum annuum). Document de formation diffusé par le MINADER. Consulter le document
- Pando J. B. et al. (2022). Importance des visites florales des insectes sur les rendements fruitier et grainier de Capsicum annuum à l’Ouest-Cameroun. Journal of Animal & Plant Sciences 54(1). Consulter l’article
- Hand M. J. et al. (2021). Organic and inorganic nutrient sources and yield of pepper cultivars under salinity in the coastal region of Cameroon. IJAAR 18(5). Consulter l’article
- Djeugap F. J. et al. (2014). Effet variétal et du traitement fongicide sur la maladie des taches anguleuses du haricot à l’Ouest-Cameroun (IRAD, station de Foumbot). Int. J. Biol. Chem. Sci. 8(3). Consulter l’article
- FAO. Crop Information: Pepper. Consulter la fiche
- Berke T. G. et al. Suggested Cultural Practices for Field Cultivation of Sweet Peppers. AVRDC – The World Vegetable Center. Consulter le document
Pour aller plus loin
- Fiche technique de la culture du poivron : la référence générale, avec la conduite sous serre en V ou à l’espagnole et les seuils de salinité.
- Agriculture au Cameroun : chiffres, filières et défis : le contexte des filières maraîchères du pays.
- Fiche technique de la culture du piment : le piment fort, souvent cultivé dans les mêmes exploitations de l’Ouest.


