La culture de l’oignon au Cameroun est d’abord une affaire du Septentrion : selon les chiffres des délégations régionales du MINADER repris par EcoMatin en septembre 2026, le pays a produit 338 635 tonnes d’oignon en 2025, dont 227 021 t dans l’Extrême-Nord et 77 244 t dans le Nord. Les essais de l’IRAD à Maroua dépassent 30 t/ha, quand les exploitations familiales en obtiennent souvent trois fois moins. Ce guide reprend l’itinéraire adapté aux zones camerounaises, des variétés locales au stockage, avec des sources vérifiables.
Pour l’itinéraire technique complet (besoins en eau, coefficients culturaux, maladies), consultez notre fiche technique de la culture de l’oignon. Cette page se concentre sur ce qui change au Cameroun : calendrier, variétés, irrigation en casiers, conservation et marché.
Culture de l’oignon au Cameroun en résumé
| Repère | Valeur au Cameroun |
|---|---|
| Production nationale 2025 | 338 635 t, dont environ 85 % dans le Nord et l’Extrême-Nord |
| Bassins principaux | Diamaré, Mayo-Tsanaga, Mayo-Kani, Mayo-Sava, Mayo-Danay, Bénoué, Mayo-Louti ; Ouest et Nord-Ouest |
| Saison principale | Contre-saison sèche, de novembre à mars-avril |
| Variétés locales | Goudami (gudaami), Chagari (shagaari) |
| Pépinière | 40 à 55 jours, environ 100 m² pour 1 ha selon le MINADER |
| Écartement | 20 cm entre lignes, 10 cm sur la ligne |
| Rendement | 20 à 30 t/ha en milieu paysan (MINADER) ; 30 à 40 t/ha en essai IRAD |
| Récolte | Mars-avril, 3,5 à 4,5 mois après le semis en pépinière |
Où se cultive l’oignon au Cameroun ?
D’après EcoMatin, le Nord et l’Extrême-Nord fournissent environ 85 % de la production nationale ; l’Adamaoua en a produit 906 t en 2025. Le projet PADFA II, financé par le FIDA et coordonné par le MINADER, cible quatre régions qui concentrent 95 % de la production nationale de riz et d’oignon : l’Extrême-Nord (Mayo-Danay, Mayo-Kani, Mayo-Tsanaga, Mayo-Sava, Diamaré), le Nord (Mayo-Louti, Bénoué), l’Ouest et le Nord-Ouest (Menchum, Mezam).
Dans l’Extrême-Nord, l’oignon occupe la grande majorité des jardins irrigués. L’atlas de la province publié par l’IRD relevait déjà, dans les années 1980, des sites majeurs à Ziling, Meskine, Domayo, Balaza et dans la plaine de Koza. Le bassin de Gazawa est cité par les chercheurs de l’IRAD pour la variété Chagari. Autour de Maroua et de Garoua, le maraîchage périurbain se pratique sur des parcelles plus grandes que dans les villages.
Le climat de Maroua est soudano-sahélien : une longue saison sèche de novembre à juin et une courte saison des pluies de juillet à octobre (Tropicultura, 2021). C’est cette longue saison sèche, combinée à l’irrigation, qui fait du Septentrion la zone de prédilection de l’oignon, culture « de saison sèche et fraîche » selon le MINADER.
Calendrier cultural par zone
Le document de formation diffusé par le MINADER distingue deux situations :
- Contre-saison, de novembre à mars, dans l’Extrême-Nord, le Nord, l’Adamaoua, le Nord-Ouest et l’Ouest : culture en casiers bordés d’un ados qui retient l’eau d’arrosage.
- Saison humide, de mars à novembre, dans le Nord-Ouest, l’Ouest, l’Adamaoua et la zone de Mokolo (Extrême-Nord) : culture sur planches hautes pour drainer, car l’excès d’eau peut être fatal à la plante.
L’essai conduit par l’IRAD à Meskine, près de Maroua, illustre le calendrier type de saison sèche : pépinière semée le 15 octobre 2018, repiquage le 29 novembre, récolte le 5 avril 2019, soit 127 jours après repiquage. L’atlas de l’IRD montrait le même étalement chez les producteurs : repiquages d’octobre à janvier, avec un pic en décembre, et environ 69 % de la récolte en mars-avril.
Variétés cultivées au Cameroun
Deux oignons locaux dominent le Septentrion :
- Goudami (gudaami) : bulbe rose saumoné, proche de l’oignon de Madère, diffusé de longue date par l’administration (atlas IRD). Dans l’essai de l’IRAD, le Goudami local acheté chez les producteurs de Meskine a donné en moyenne 39,6 t/ha de bulbes commercialisables, contre 30,1 t/ha pour un lot de Goudami certifié.
- Chagari (shagaari) : originaire du Nigeria et qui répond bien à l’engrais selon l’atlas de l’IRD ; les chercheurs de l’IRAD citent 50,48 t/ha dans le bassin de Gazawa.
Le document du MINADER cite aussi des variétés diffusées dans la sous-région : rouges (Violet de Galmi, Yaakaar, Red Creole), jaunes (Golden Creole, Jaune hâtif de Valence, Early Yellow Texas Grano PRR), ainsi que des hybrides. Il note que Jaune hâtif de Valence est productif mais à cycle long, et que la Texas Grano se conserve mal. Les Cahiers Agricultures (2003) relevaient que des semences de qualité étaient produites en partenariat avec l’IRAD, mais encore peu utilisées. Achetez vos semences chez un distributeur agréé, en sachets fermés et datés.
Pépinière, repiquage et densité
Le MINADER décrit une pépinière en casiers de 1,5 m sur 2,5 m, hauts de 15 cm, entourés d’un ados. Sur chaque m², incorporer 8 kg de fumier bien décomposé et 20 g d’un NPK 20-10-10. Semer en lignes espacées de 5 cm, à 1 cm de profondeur, avec la graine mélangée à du sable fin (1 volume pour 4) ; compter 5 g de semence par m². Le document retient 500 g de semence et 100 m² de pépinière pour un hectare : c’est une dose basse, qui exige des semences à fort taux de germination. Les fiches sahéliennes plus prudentes retiennent 3 à 5 kg/ha.
Après 40 à 55 jours, le plant a le diamètre d’un crayon, 5 à 6 feuilles et une quinzaine de centimètres. Arroser la pépinière pour arracher sans casser, arroser copieusement les casiers de repiquage, puis planter à 20 cm entre lignes et 10 cm sur la ligne, le collet légèrement au-dessus du sol (MINADER).
Irrigation : casiers, planches ou billons ?
L’irrigation reste le point faible de la culture de l’oignon au Cameroun. Selon les Cahiers Agricultures (2003), les métayers arrosaient surtout à la main (seaux, calebasses) ou au chadouf, et seuls 35 % environ des maraîchers de l’Extrême-Nord utilisaient une motopompe. L’arrosage y était mal maîtrisé et souvent excessif en fin de cycle. Les chercheurs de l’IRAD citent encore la mauvaise confection des casiers et le mauvais système d’irrigation parmi les grandes contraintes de la région.
Leur essai de Meskine a comparé trois systèmes. Les rendements des casiers, des planches et des billons ne différaient pas significativement. Mais les bulbes produits en casiers sont plus gorgés d’eau et plus exposés à la pourriture blanche (Sclerotium cepivorum), avec des pertes après stockage citées comme environ 20 % plus élevées que pour les bulbes de billons. Le rythme d’arrosage de l’essai : environ une fois par semaine pendant le premier mois si nécessaire, puis deux fois par semaine de la bulbaison à la récolte. Le MINADER conseille d’arroser le soir après le coucher du soleil ou très tôt le matin.
Pour passer de l’arrosage manuel à un réseau, le choix de la source d’énergie conditionne le coût de l’eau : voir notre comparatif pompe solaire ou motopompe pour une parcelle d’oignon.
Fertilisation adaptée
Le MINADER recommande un NPK 20-10-10 à 20 g/m², placé dans un petit sillon entre deux lignes puis recouvert, deux à trois semaines après le repiquage, puis de nouveau trois semaines plus tard. Il conseille un engrais contenant du soufre. L’essai de l’IRAD a testé des doses bien plus élevées de mélanges NPK (21-8-12 puis 12-14-19), en deux apports à 20 et 55 jours après repiquage : la dose de 2 222 kg/ha en casiers est ressortie optimale par programmation linéaire, devant 3 333 kg/ha. Ces niveaux supposent un sol pauvre et un bon prix de vente ; faites analyser le sol et comparez le coût des engrais, en vous appuyant sur notre article sur le prix des engrais NPK en 2026.
Ravageurs et maladies au Cameroun
- Thrips : ils piquent les feuilles, qui se couvrent de taches argentées, se dessèchent par le bout et se recroquevillent (MINADER). Surveillez-les surtout au début de la bulbaison.
- Chenilles : elles trouent le feuillage, avec des dégâts en général limités.
- Pourriture rose des racines : racines roses et plants chétifs. Le MINADER déconseille deux cultures d’oignon successives sur le même sol et recommande, en cas d’attaque, trois ans de rotation avec d’autres cultures.
- Pourriture du bulbe : filaments blanchâtres puis bruns, surtout en périodes chaudes et humides ; brûler les plants atteints et éviter les irrigations excessives (MINADER).
- Pourriture blanche (Sclerotium cepivorum) : apparue dans l’Extrême-Nord en 1988-1989 selon l’atlas de l’IRD, elle détruit le système racinaire.
En cas de traitement, choisissez un produit homologué au Cameroun pour l’usage visé, respectez la dose et le délai avant récolte de l’étiquette, portez un équipement de protection et alternez les familles chimiques contre les thrips. Renseignez-vous auprès de la délégation départementale du MINADER sur la liste des produits homologués.
Récolte et conservation : le vrai défi
Selon le MINADER, la récolte intervient trois mois et demi à quatre mois et demi après le semis en pépinière, quand les feuilles jaunissent, se recourbent et se dessèchent. Arrêter alors les arrosages, arracher, exposer quelques heures au soleil, couper la tige à 2 cm du collet et stocker dans un endroit sec et ventilé. Les bulbes fleuris ne se conservent pas.
Les pertes sont considérables. EcoMatin les estime à 138 000 tonnes par an faute de stockage adapté. Des travaux du CIRAD menés avec les producteurs du Nord (Ferré et al., 1997) montraient que le stockage traditionnel pouvait perdre plus de la moitié du stock en moins de trois mois, alors qu’un système amélioré limitait les pertes à moins de 10 % sur six mois. Les Cahiers Agricultures (2003) décrivent le magasin à claies ventilé de l’IRAD : jusqu’à 6 mois de conservation, contre 2 à 3 mois en vrac, pour environ 250 000 FCFA avec des matériaux industriels ou 30 000 FCFA avec des matériaux locaux et la main-d’œuvre familiale (coûts de 2003).
La transformation offre un autre débouché : le PADFA II prévoit six unités de transformation de l’oignon en lamelles et en poudre, dont une unité de poudre à Garoua et cinq unités satellites de séchage traitant chacune 1 à 2 t d’oignon frais par jour (EcoMatin, 2022).
Rendement de l’oignon au Cameroun
- 20 à 30 t/ha en milieu paysan et jusqu’à 70 t/ha en culture industrielle avec des hybrides, selon le MINADER.
- 30,1 à 39,6 t/ha en moyenne selon le lot de Goudami dans l’essai IRAD de Meskine.
- 7,9 à 11 t/ha dans les exploitations, chiffre cité par les mêmes chercheurs, contre 49,24 t/ha en conditions expérimentales avec le Goudami.
L’écart entre station et exploitation tient surtout à l’eau, à la fertilisation et à la qualité de la semence. Il est encore plus large si l’on compte les pertes après récolte.
Marché et prix de l’oignon au Cameroun
La rentabilité de la culture de l’oignon au Cameroun dépend autant du moment de la vente que du rendement, car le marché suit un cycle très marqué. Selon les Cahiers Agricultures (2003), l’oignon manque sur les marchés nationaux d’octobre à mars, quand des importations du Nigeria, du Tchad et des Pays-Bas comblent le déficit, puis les prix s’effondrent pendant la récolte de mars-avril. EcoMatin a relevé en septembre 2026 les prix du sac de 100 kg suivants :
| Marché | Prix de référence antérieur | Prix relevé en septembre 2026 |
|---|---|---|
| Yaoundé, marché Mokolo | 60 000 à 65 000 FCFA (juin-juillet) | 110 000 à 120 000 FCFA |
| Maroua | Environ 40 000 FCFA (début juillet) | 75 000 à 80 000 FCFA |
| Bafoussam | 25 000 à 30 000 FCFA (début mai) | Environ 90 000 FCFA |
La hausse s’explique par l’épuisement des stocks de la récolte précédente au moment des semis. Un producteur capable de stocker sainement plusieurs mois vend au moment où le sac vaut nettement plus cher : à Maroua, son prix a presque doublé entre début juillet et septembre 2026. Pour l’analyse de la filière dans l’ensemble du pays, voir aussi notre dossier agriculture au Cameroun.
Qui contacter au Cameroun ?
Pour se lancer dans la culture de l’oignon au Cameroun, trois interlocuteurs publics :
- IRAD, Centre régional de recherche agricole de Maroua et station polyvalente de Yagoua : essais variétaux, systèmes de culture et fertilisation de l’oignon.
- MINADER et ses délégations régionales : statistiques, vulgarisation et projets de filière comme le PADFA II.
- PCP-ACEFA : conseil agropastoral ; il a organisé une journée professionnelle de l’oignon à Maroua en août 2023.
Vous équipez un périmètre d’oignon dans le Nord ou l’Extrême-Nord ? Nos équipes dimensionnent le forage, le pompage solaire et le goutte à goutte : contactez-nous pour un devis.
Questions fréquentes
Où cultive-t-on l’oignon au Cameroun ?
Surtout dans l’Extrême-Nord et le Nord, qui fournissent environ 85 % de la production. L’Ouest, le Nord-Ouest et l’Adamaoua en produisent aussi.
Quand planter l’oignon au Cameroun ?
En contre-saison dans le Septentrion : pépinière vers la mi-octobre, repiquage en novembre-décembre et récolte en mars-avril. Dans l’Ouest, le Nord-Ouest et à Mokolo, une culture de saison des pluies est possible sur planches hautes.
Quelle variété d’oignon cultiver au Cameroun ?
Les variétés locales Goudami et Chagari dominent dans le Nord. Le MINADER cite aussi Violet de Galmi, Red Creole, Golden Creole et des hybrides.
Quel est le rendement de l’oignon à l’hectare au Cameroun ?
De 20 à 30 t/ha en milieu paysan selon le MINADER. Dans l’essai IRAD de Meskine, le Goudami a donné 30 à 40 t/ha en moyenne.
Quel est le prix du sac d’oignon au Cameroun ?
En septembre 2026, EcoMatin relevait 110 000 à 120 000 FCFA le sac de 100 kg au marché Mokolo de Yaoundé et 75 000 à 80 000 FCFA à Maroua. Les prix baissent fortement à la récolte de mars-avril.
Comment réduire les pertes de stockage de l’oignon ?
Récoltez à maturité, séchez les bulbes, éliminez les bulbes fleuris ou blessés et stockez sur claies dans un magasin ventilé. Le modèle de l’IRAD permet jusqu’à 6 mois de conservation.
Sources
- EcoMatin (23 septembre 2026). Cameroun : le prix du sac d’oignons flambe jusqu’à 260 % dans certaines régions. Lire l’article
- EcoMatin (10 août 2022). Agro-industrie : le Cameroun veut se doter de 6 unités de transformation d’oignons. Lire l’article
- MINADER Cameroun (document de formation). Technologie de production de l’oignon. Consulter le document
- Sakatai D. P., Jaza Folefack A. J., Vandi S. (2021). Évaluation optimale des facteurs contraignants à la production des bulbes d’oignon sous différents systèmes culturaux au Cameroun. Tropicultura 39(2). Consulter l’article
- Cathala M., Woin N., Essang T. (2003). L’oignon, une production en plein essor en Afrique sahélo-soudanienne : le cas du Nord-Cameroun. Cahiers Agricultures 12. Consulter l’article
- Iyébi-Mandjek O. Cultures maraîchères, Atlas de la province Extrême-Nord Cameroun, planche 19. IRD. Consulter la planche
- Ferré T. et al. (1997). Valorisation des ressources locales : la conservation des oignons en milieu paysan. CIRAD, notice AGRIS. Consulter la notice
- Cameroon Tribune (25 août 2023). Filière oignon : propositions pour un meilleur rendement. Lire l’article
Pour aller plus loin
- Fiche technique de la culture de l’oignon : l’itinéraire complet, avec les besoins en eau et les maladies détaillés.
- Pompe solaire ou motopompe : dimensionner le pompage d’une parcelle d’oignon : pour sortir de l’arrosage manuel.
- Agriculture au Cameroun : chiffres, filières et défis en 2026 : la place de l’oignon parmi les filières du pays.
- Prix des engrais NPK en 2026 : sac de 50 kg et coût réel : pour chiffrer le programme de fumure.


